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Monsieur, vous êtes trop injuste ...

Commencer au début : Ma première mission en tant qu’enseignant.
Article précédent : Lutter contre le bavardage en classe ...

J’en suis sur, je suis devenu un tyran. D’ailleurs, il ne fait aucun doute la dessus, les élèves me le répètent en permanence : pourquoi ai-je été puni alors que je n’étais pas le seul à bavarder ? L’année dernière, c’est moi qui me faisait sermonner en cours parce que j’étais distrait et dissipé, et cette année on a inversé les rôles, je sermonne à tour de bras.

Le théorème de gestion de la discipline

Soit "Dictateur" et "Laxiste" deux enseignants.

Le lemme du dictateur

Dictateur a une méthode très simple tous les bavardages sont interdits, et une échelle de sanction tout aussi simple le premier qui bronche se fait allumer. Aussi, la classe de dictateur est bien ordonnée, il n’y a pas de bruit, pas ou peu de participation (car cela perturbe le cours et cela favorise le bavardage), et lorsque un élève essaie de faire le malin, il est automatiquement sanctionné.

Les élèves connaissent la règle, ils savent qu’avec le dictateur, on ne rigole pas, et si on essaie, on est puni, mais cela reste juste CAR la règle est bien claire, bien définie et connue de tous

Tu bouges, tu es sanctionné, c’est en effet très simple, et cela ne laisse pas de place à l’injustice.

Le lemme du Laxiste

Laxiste a une méthode assez simple selon lui les bavardages sont autorisées s’ils restent discrets et s’autorégulent, mais cette méthode est difficilement comprise par les élèves.

En effet, lorsque laxiste estime qu’il y a dérapage, et qu’il décide de sanctionner, c’est forcement injuste.

Injuste car l’élève qui est sanctionné constate qu’il n’était pas le seul à parler, mais qu’il est le seul à être sanctionné.

Injuste car il se persuade être la victime d’une persécution, d’un acharnement de la part du professeur, et comme il ne comprend pas la sanction, il l’a conteste.

En plus, comme il sait que son professeur n’est pas un dictateur, et bien il va essayer de négocier la punition, d’assouplir la punition, et de préférence il le fera pendant le cours, pour prendre les autres élèves comme témoin, pour mettre en avant l’injustice flagrante dont il s’estime être la victime.

Du coup, laxiste passe vraiment pour un laxiste (alors que de son point de vue il n’est pas laxiste), car il ne sait pas gérer sa classe, et doit affronter les débordements, et lorsqu’il sévit il passe en plus pour un professeur injuste.

Le pédagogue démagogue

Imaginons que je confis mon secret (les élèves bavardent, je les punis, et je suis injuste d’après les élèves) à un pédagogue démagogue, je suis sur qu’il va me dire :

"Si vos élèves bavardent, c’est parce que vos cours ne sont pas intéressants, il faut vous remettre en cause..."

Moi j’aurais plutôt tendance à dire que s’ils bavardaient, c’est parce qu’ils comprennent, donc que le cours est relativement clair et accessible... Comme ils comprennent, ils s’accordent du temps pour bavarder, ou pour poser des questions pour les plus sérieux d’entre eux.

Essayer de faire un cours incompréhensible, comme ils ne vont pas comprendre, les élèves vont se concentrer et écouter attentivement. Quand je donne un cours particulier, si l’élève ne comprend rien, il acquiesce gentiment car il est poli. S’il comprend, même un peu, il n’hésite pas à me poser des questions, pour pouvoir éclaircir les points obscurs.

Alors qui a raison ?

L’injustice se cache dans la correction des copies

La encore, il y a deux méthode :

Le barème global et le barème détaillé.

La première, le barème global, intrinsèquement injuste ne le parait pas pour les élèves. Si vous notez vos copies sur 20, et que vous mettez la note sans détailler le barème, l’élève ne peut pas contester, ni comparer ses réponses avec celles de son voisin, donc il n’est pas frustré de constater qu’il n’a pas eut les points, alors que son voisin oui. Il ne peut pas comparer, donc il ne peut pas comprendre la notation, donc il ne cherchera pas à contester et sa note sera juste. Cqfd !

La deuxième méthode, et bien c’est une catastrophe. Profondément juste et équitable, elle rallonge la durée de la correction de l’évaluation, et créée une fille de mécontents au bureau du professeur à la fin de la correction de l’évaluation :
- Il y a ceux qui ont recompté les points et a qui il en manque,
- Ceux qui arrivent avec leur copie et celle d’un camarade pour contester l’injustice,
- Ceux qui ne comprennent pas avoir 0 à la question alors que c’est presque juste.
- etc.

Et au final, en plus des 15 heures de correction (oui, vous avez bien lu, je mets 15h), les élèves ne retiennent qu’une chose, c’est injuste et aléatoire.

Echelle de sanction actuelle

Comme je ne vais pas passer mon année à être injuste, et que je n’ai pas non plus l’âme d’un dictateur, il faut que j’établisse clairement une échelle de sanction.

Actuellement, je fais un rappel à l’ordre oralement (rarement suivi d’effet) puis je distribue des rédactions à faire à la maison et à me rendre au cours suivant.

Le problème, c’est la distribution de la punition :
- Le fautif conteste les faits ET la punition, et de préférence devant toute la classe (il faut bien qu’il y ait des témoins de l’injustice), ce qui perturbe le déroulement du cours
- Sa punition en main, le fautif à une réaction d’orgueil, "Vous croyez que je vais faire une rédaction ?", ou "Je ne la ferais pas", alors que bien sûr, il fera la punition.
- Puis les autres élèves se précipitent sur celui qui a été puni, car ils ont envie de connaître le sujet de la punition, histoire de rire un bon coup (la encore, il y a un moment de flottement),

Echelle de sanction à compter du 16/01/2006

A compter de lundi, voilà le nouveau système que je vais mettre en place.

Principes directeurs :
Une deuxième chance.
L’autocorrection.
L’autopunition.

Au premier dérapage : _Je ferais un simple rappel oral, c’est à dire une phrase contenant le prénom de l’élève qui dérape, et expliquant la raison du rappel à l’ordre, c’est ce que j’appel un avertissement sans frais, ou la deuxième chance.

En cas de deuxième dérapage
L’élève qui a déjà était rappelé l’ordre une première fois sera officiellement convoqué à la fin de l’heure au bureau, pour qu’il puisse s’expliquer. Pour être sur qu’il saisisse bien le message, je relèverais alors son carnet de correspondance.

A partir de là, la machine se met en route, se sachant convoqué, il a tout intérêt de filer bien droit, car les sanctions seront toujours établi en fin d’heure, elle tiendront bien évidement compte du comportement de l’élève durant toute la durée du cours.

Si au moment où j’annonce la convocation, il y a une quelconque tentative de rébellion et/ou de victimisation publique, il en sera tenu compte.
Si durant le reste du cours, le comportement ne s’améliore pas, la sanction en tiendra compte.

A la fin du cours :
Si l’élève qui a été convoqué oublie malencontreusement de se présenter à mon bureau, il sera automatiquement collé 2h un mercredi après midi.
Une fois l’élève à mon bureau, trois questions lui seront posées :
1. Explique-moi pourquoi je t’ai convoqué.
2. Que faut-il que je fasse pour que cela ne se reproduise plus.
3. Propose-moi une punition adaptée que tu auras à faire.

Pour le dernier point, seul les élèves qui auront été absolument irréprochables entre la convocation et la punition pourront prétendre ne pas avoir à faire de punition.

Voilà, comme ça ce ne sera pas injuste, soit ils comprennent d’eux même pourquoi ils ont été convoqués et trouve tout seul une solution adaptée, soit je leur explique en tête à tête, comme ça ils ne se sentent pas agressé en plein cours, devant leurs camarades, et ne pourront plus me jouer le morceau de la victimisation à outrance.

Article suivant : Je suis en vacances ... et vous ?


 
Jean-Marie
Le 4 février 2006

Voilà 3 semaines qu’il n’y a pas eu de nouvel article sur ce blog. Dommage, car c’est vraiment plaisant à lire. Alors si vous êtes élève de Môsieur Cent20 et que vous lisez ce billet, arrêtez de faire durer le suspence et dites nous si ses nouvelles méthodes fonctionnent.

 
Vincent ROBERT
Le 5 février 2006

Nan, ça n’a pas fonctionné ...

La première semaine, ils n’ont pas trop compris pourquoi je devenais un peu plus rigide, et pourquoi je n’acceptais plus, par exemple, les prises de parole spontanée, non protocolaire ...

La deuxième semaine ça c’est très bien passé, peut-être par ce que l’on a fait un exercice plus concret que d’habitude, mais c’était un vrai plaisir de faire cours (et j’étais alors très content d’avoir serré un peu la vis, et je me suis même demandé pourquoi je ne l’avais pas fait avant)

Enfin, la troisième semaine (celle qui vient de se terminer) c’était l’enfer
Ils se sont payé ma tête, et comme je n’étais pas d’humeur, ça à sacrement coincé (Faut dire que j’avais baissé la garde, agréablement surpris par l’amélioration la semaine précédente). C’était tout simplement le cours le plus dur que j’ai jamais fait, à tel point que j’ai été contraint d’exclure du cours 4 élèves, et ces derniers au lieu de s’écraser était plutôt mort de rire... Ce jour là, j’ai bien compris que je n’avais pas d’autorité.

Quand je disais quelque chose, il y en avait toujours un pour m’apporter la contradiction, quand je me retournais, je constatais impuissant le bavardage, certains étaient mort de rire (ils en avaient rien à faire) ... Ajoutons la dessus la victimisation habituelle (délire de persécussion), le fait que l’on commencait un nouveau chapitre, et que tout était nouveau ...

Quand le cours c’est terminé, je n’ai pu que constaté mon impuissance : _ Ils sont 30
Il y a moins d’une dizaine qui joue avec mes nerfs,
Les autres, ceux qui veulent bosser, regarde avec sidèration les dérapages programmés et organisé, planifié même on pourrait dire (même si certains, de temps en temps, lance me lance en bouée en demandant à ceux qui font tout pour mettre le boxon de s’arréter
Les punitions n’ont aucun effets, les remontrances non plus, les exclusion à peine plus d’effet ...

Le soir, j’en ai débatu avec la mère d’un de mes élèves de cours particulier, qui est aussi prof, elle a essayé de me rassurer comme elle a pu, et j’ai compris le caractère aléatoire du comportement d’un élève.

Puis, pour trouver le sommeil, j’ai avalé les petites pillules, celles que l’on m’avait donné lors de ma toute première crise d’angoisse de fin novembre, et j’ai passé une bonne nuit, enfin du moins je n’ai pas eu de difficulté à m’endormir ...

 
Vincent ROBERT
Le 5 février 2006

Donc le lundi 30 janvier, ils ont été insupportables ...

Insupportables et victimes de l’injustice. Aucun de ce qui ont été exclu n’a compris pourquoi, et tous se retranchent dérière un argument imparable : "Au moment ou j’ai été puni, je ne faisais rien ..."

Donc c’est injuste ...

Donc le prof ne pas me voir et me déteste ...

Au début, je pensais que cela faisait parti du "jeu", tu te poses en victime pour attirer l’attention sur toi, et tu essaies ainsi d’assouplir les sanctions ...

Mais le pire, c’est que certains le pense ...

Et le mardi, je suis arrivé avec la ferme intention de ne pas me faire marcher sur les pieds, mais ça n’a pas été concluant ... Quand tu dis maintenant le premier qui parle il prend 2 heures de colles, le suivant 4 etc ... et que tu en as trois qui parlent en même temps ...

Et bien tu est impuissant ...

Quand tu dis à un élève qu’il sera collé et qu’il te répond "J’ai été collé tous les mercredi l’année dernière, et cela n’a pas fait changé mon comportement"

Ou une version plus dure "Je ne ferais pas la colle, elle n’est pas justifié"

Et quand tu sais qu’avec les autres profs, ils ne se comportent pas de la sorte, et bien tu est sacrement dégouté, et attristé...

Je n’ai aucune aminosité personnelle contre aucun de mes élèves, et pourtant certains m’en font baver ...

J’ai parfois pu choquer, irriter tel ou tel élève, oui parfois, poussé à bout, sur la défensif, déçu du comportement insolent de certains, j’ai peut-être était désagréable ...

Je le reconnais sans aucun problème.

Maintenant il reste quatre mois de cours, à vous de vous comporter en adulte responsables et autonomes ... On en revient à notre première discussion de vie de classe : Autogestion, autorégulation ...

 
Jean-Claude
Le 7 février 2006

Quand tu dis maintenant le premier qui parle il prend 2 heures de colles, le suivant 4 etc ...

Est-ce que c’est ce qu’on appelle "une progression géométrique", m’sieur ?

Eh bé... tout cela n’a pas l’air facile. Je me demande ce que ça leur fait, à tes élèves, de lire le résultat de leurs exploits. Moi, je me souviens d’avoir foutu le bordel en géo. C’était il y a... 33 ans, et je n’en suis pas fier à présent.

 
Vincent ROBERT
Le 7 février 2006

C’est soit une progression géométrique (si le troisième terme est 8), soit arithmétique (si le troisième est 6).

On est justement en train de faire les suites (...)

2 ; 4 ; ...

Est :
- soit le début d’une suite arithmétique de raison 2 et de premier terme 2
- soit le début d’une suite géométrique de raison 2 et de premier terme 2

tout dépend du troisième terme, qui lui dépend de l’humeur du prof (...)

Je me demande ce que ça leur fait, à tes élèves, de lire le résultat de leurs exploits.

Je doute que cela leur fasse quelque chose, de toute façon ils n’ont pas conscience à cet age là de ce qu’il font...

Un jour je raconterais comment est-ce que moi aussi, j’ai saboté un cours quand j’étais jeune et con. C’était un cours d’Allemand, la suite bientôt ...

 
Jean Marie
Le 7 février 2006

comment cela " ils n’ont pas conscience " ??? à 17 et 18 ans ??? serait ce une génération de débiles ou une génération sans éducation ni respect ??
je préfère opter pour la deuxième solution même si cela me coûte de faire un tel constat .
a la lecture de vos échanges - à la façon dont ils vous parlent et se comportent - je vous suggère de sévir et de distribuer les mauvaises notes - colles et exclusions - ils vont vite comprendre ......et au pire se retourner les uns contre les autres et boycotter les responsables -
le vide se fera autour d’eux et là aussi ils comprendront car pour certains l’important est d’exister -
exister en étant mal élevé / arrogant / indiscipline / en s’inventant une vie familiale digne de " Cosette " ( c’est pas ma faute )
- coup de cafard ( dont on fait profiter tout le monde ) et en fin de course en se mettant a pleurnicher pour faire pleurer la terre entière et se poser en victime ( c’est des spécialistes !! )
vous laissez pas aller - vous n’avez pas a douter mais eux oui - car la vie qui les attend va sûrement leur apprendre durement
comment baisser le tête

 
celui-qui-vous-aime-en-cachette
Le 7 février 2006

bonjour monsieur robert.votre nom me transporte jusque dans l’au delas.vous etes le plus beau jeune homme de l’univers votre carriere de prof de math sera longue car vous etes le plus compétent de tous.
je vous aime mais je n’ose pas vous l’avouer.
je rougis devant mon écran d’ordinateur.si seulement c’etait que mes joues qui n’etait rouge
vous etes l’élu de mon coeur

bisous partout

 
Un élève d’un collège qui est tomber sur ce blog au hasard.
Le 20 février 2006

Bonjours, moi je suis juste un simple collégien qui est tombé sur ce blog au hasard.
Pour moi ce qui fait que le prof va être respecter ou pas , c’est la première fois que les élèves vont le rencontrer.
Eh oui normal, si vous êtes sévère la tte première fois, vos élèves seront plus calme car dans leur tête vous les aurez marquer ! Voilà , sinon désoler pour les fautes d’orthographe si il y en a.

 
Anonyme
Le 9 avril 2006

Bonjour,
Je viens de découvrir ce blog avec plaisir. j’ai eu la même idée aprés 10 ans d’enseignements.
Jerome

 
jerome
Le 9 avril 2006

j’applique ta méthode de la correction de copie globale depuis plusieurs années avec une pointe de culpabilité qui se léve à chaque fin d’année quand j’entend les élèves dirent que je note justement.

 
Vincent ROBERT
Le 9 avril 2006

En fait, je fais du semi-glogal, pour une cupabilité moindre ...

Je note chaque exercice indépendamment des autres exercices, mais je ne mets plus le détail des points de chaque question, c’était beaucoup trop problèmatique.

Bon je file me documenter en ligne, l’expérience me manque, alors j’en profite.

 
SoSS
Le 24 mai 2006

mouai y’en a des tyrans je confirme....
mais bon faut bien bosser quand meme ( parfois c’est dur....tres dur...)ya pire ke vous ^^

 
nathalie
Le 22 janvier 2013

Quel bonheur de savoir qu’il n’y a pas que moi qui galère !

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